ULTIMA CORDILLERA II
Aux origines du monde
Bonjour à tous depuis…. Punta Arenas ! 24 mars 2006
24 mars 2006,

Depuis nos dernières nouvelles, les choses ont en effet changé très rapidement, tout en stagnant étrangement. Du moins du point de vue de la météorologie qui ne s'est jamais améliorée, ne nous laissant pas le moindre créneau de progression acceptable, ou si peu.
Attendre, sortir au moindre instant d'amélioration puis attendre encore… Il nous semble que la Cordillera Darwin continue son jeu avec nous avec ces conditions encore pires que lors de l'expédition 2004, alors que la période était censée être meilleure.
Bien entendu, il n'y a aucun absolu dans ces montagnes du bout du monde et nous devons accepter ce qu'elles nous donnent. Malheureusement, en plus de ces conditions climatiques difficiles, le terrain a aussi décidé d'être de la partie, avec des glaciers "explosés", totalement ouverts, aux crevasses innombrables. Impression d'être dans un monde de chaos infranchissable. Non en fait.
C'est un chaos infranchissable, que nous nous sommes cependant employés à franchir, avec un relatif succès. Malheureusement, chaque jour, entre les précipitations de neige et le vent, nos traces disparaissaient, autant que les crevasses, recouvertes ainsi d'une fine pellicule de neige. Suffisamment pour les cacher, trop fine pour nos poids, surtout chargés de sacs le plus souvent très lourds.
L'état des glaciers, et en particulier du Marinelli semble pouvoir s'expliquer par une accélération ces dernières années, ajouté aux chaleurs excessives de cet été qui a fait fondre neige et glace plus que de raison. Une illustration intéressante du réchauffement actuel du climat, selon Bernard Francou… D'où des observations intéressantes, mais bien entendu une progression extrêmement ralentie.
Vu ce terrain et sur les conseils des chiliens et de Bernard Francou, nous avions déjà commencé à nous poser des questions sur un possible report de notre traversée, sans pourtant vouloir l'envisager.
Puis les choses se sont un peu précipitées. Deux arceaux d'une de nos tentes se sont brisés net lors d'une série de rafales de vents puissantes, déchirant la toile du même coup. Nous avons du dès lors nous serrer à six dans les deux tentes restantes, rendant encore plus difficile le séchage de nos affaires.
Constamment mouillés et dans des espaces réduits, nous nous sommes étonnamment fatigués lors des heures d'attente. La neige et les vents sont dès lors devenus plus réguliers, et les crevasses encore plus invisibles. Cela s'est révélé particulièrement compliqué lors de la descente des charges pour le retour des scientifiques a la plage pour leur retour. Sur un trajet d'une demi-heure normalement, nous avons mis plus de trois heures, en avançant pas à pas et sondant le moindre bout de terrain, avec chacun des sacs bien trop lourds.
Malgré ces précautions, les chutes dans les crevasses ont été nombreuses, heureusement toutes stoppées sans problème sans s'enfoncer trop profondément.
Malheureusement, lors de la dernière de ces chutes, presque à la dernière crevasse pour augmenter l'ironie du sort, je me suis violemment tapé le genoux contre un pic de glace, me déplaçant la rotule, immédiatement remise en place, mais me distendant les ligaments, m'empêchant de marcher provisoirement, et a plus forte raison avec des charges lourdes.

Ces différents éléments nous ont incités à revenir avec les scientifiques à Punta Arenas, afin de faire le point tant sur mon genoux que sur l'état très dégradé par les conditions de certaines parties de notre équipement. D'où notre présence dans cette ville aujourd'hui, au milieu de notre programme… Qui en aucun cas n'est remis en question par ces contretemps.
Aucune exploration ne s'est fait en une seule fois, et nous sommes ici bien dans un état d'exploration.
Nous faisons actuellement le point pour savoir si nous allons repartir d'ici a quelques jours, ou reporter la traversée pour l'automne austral, soit vers octobre à décembre. Il n'y a aucune autre alternative en réalité.
Nous ne pouvons repousser de plus d'une semaine, car partir trop tard nous rapprocherait trop de l'hiver et du risque de voir les fjords rendus inaccessibles au retour du bateau pour venir nous chercher. Sans parler des heures de jour réduites (a peine 5 heures). Aussi, il nous faudrait attendre la fin de l'hiver.
Nous prendrons la décision ce week-end, en fonction de mon genoux, des conditions météo et des conseils des scientifiques et spécialistes météo locaux.
Mais attendre l'automne pourrait s'avérer, vu la situation actuelle, la solution la meilleure pour mettre toutes les chances de notre côté pour aller au plus loin dans ces montagnes que nous continuer d'aimer avec passion malgré leur acharnement à nous molester et nous repousser. Mais sans doute ce n'est là qu'un test à notre persévérance… Du moins nous devons le croire, sinon, tout cela n'a pas de sens…

Nous vous tiendrons au courant dès que nous en saurons plus et que notre décision aura été prise. Mais quelle qu'elle soit, nous ferons notre possible pour toujours rester dans les limites de notre sécurité !

Un grand salut depuis Punta Arenas, ou, même si nous ne désirions pas y revenir si vite, nous en profitons pour nous refaire une santé avec un bon curranto, un plat chilien délicieux de moule et de viande… Il faut bien trouver du positif dans tout cela non ?

 

Nous espérons que ce contre-temps ne remettra pas en cause votre engagement à nos côtés.
Nous ferons bien entendu le point avec vous une fois que notre décision définitive sera prise.

 

Pour Ultima Cordillera 2006, Christian Clot

 

Retrouver Christian et Karine Meuzard Samedi 25 mars sur France Info, rubrique « Les aventuriers »présenté par Régis Picard.

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