ULTIMA CORDILLERA II
Aux origines du monde
la lettre de Santiago, 24 fevrier 2006
Hello,

Après un vol sans histoire, me voici à Santiago. Un vol, je dis bien car les étapes au sol n’ont pas été de même. Vol annulé à Paris, je me fais recaser in extremis dans un autre vol pour Madrid d’où part mon avion pour Santiago… Et qui doit décoller à l’heure où j’arrive à Madrid avec mon vol de Paris, dans un terminal à l’autre bout de l’aéroport à 25 minutes en train de là !! Donc une heure de palabre avec les hôtesses et le commandant en second dans le vol Paris-Madrid pour avoir finalement une voiture qui m’attend au pied de l’avion à l’atterissage. Sirène allumée, je vois défiler les pistes et on arrive au pied d’une passerelle installée pour moi. Je monte dans l’avion, les portes se ferment et trois minutes plus tard nous nous lançons sur le piste. Ouf, merci Lan Chile qui a été plutôt réactif sur le coup. Et le plus incroyable dans tout cela, je n’ai pas encore compris comment, c’est que mon bagage de soute a suivi le mouvement et m’attendait bien sagement à Santiago, avec ses 15 kilos de nourriture spéciale alors qu’il est interdit de faire entrer le moindre aliment au Chili. Au moindre truc suspect au scanner, les témoins s’allument avec une belle sirène et les personnes avec un citron ou autre sont refoulés. Mais rassurez-vous, couteau, piolet ou arme à feu passent sans problème. Donc je passe à la douane en faisant attention que la plupart des douaniers s’amusent avec une pauvre allemande férue de bio qui avait envie d’avoir son bon pain noir made in deutschland pour ses vacances, en expliquant à la responsable du scanner que les sirènes qui sonnent au passage de mon sac ne sont due qu’à un misérable paquet de biscuit que je lui sors et lui laisse avec plaisir, et tout va bien… Du coup, petit message perso, Karine, n’oublie pas tes biscuits la semaine prochaine !

Bon, un peu long comme intro je le sais. Rassurez-vous, la suite sera plus courte, car je perds un peu mes mots (profitez-en, ce n’est pas si souvent !).

Je suis à Santiago. Je suis parti. C’est inimaginable comme cette arrivée au Chili me paraît irréelle et pourtant tellement évidente. J’ai passé les 13 heures de vol à ne rien faire. Depuis combien de temps je n’ai pas passé un tel nombre d’heure sans travailler.

Et soudain, la chaleur, la sortie de l’aéroport et les odeurs, cet espagnol si différent de Madrid... Le Chili. En quelques minutes une fois dans le bus en direction de la ville, dans ces paysages arides, j’ai compris pourquoi j’etais là. J’ai pu balayer ces mois de travail et de folie, intégrer ce simple fait que j’aurais pu oublier si je n’etais pas parti, si nous avions repoussé : Cela en vaut la peine. Sans conteste possible. C’est pour ces moments que je vis.

Alors bien entendu, en France il reste tous ces amis que je n’ai pas eu le temps de voir, mes proches à qui je n’ai jamais pu donner assez de temps. Et rien ne me le rendra. Ni à eux. Et j’en suis désolé. Egoïsme ? Peut-être. Qu’ils m’en excusent s’ils le peuvent et qu’ils sachent que, si je ne peux me passer d’eux, si je les aime d’une amitié ou d’un amour sans faille, ma vie prend tout son sens dans ces moments où l’air ne se respire pas seulement avec les poumons, mais avec chaque pore de la peau, chaque parcelle de corps. Sans ces voyages ou autres instants d’absolu tellement à l’opposé du principe de précaution mortel que l’on assène partout chez nous comme des évidences et seule vérité, je ne suis pas certain que je trouverais mes repères. Il faut aller au bout de soi. J’ai souvent voulu être un oiseau, pour avoir la liberté de ce dernier. Aujourd’hui je n’en suis plus sûr, car à la difference de ces splendides animaux, j’ai pleinement conscience des libertés que je m’octroie. Et c’est tellement bon.

Alors, dans quelques jours, la Cordillera Darwin et le vrai départ, la vraie justification de tout celà.... Une expédition tellement dans le sens de cette forme de quête que nous avons entamé sans le savoir il y a quelques années, en mettant la clef sous la porte pour partir au Nepal... Mais déjà, maintenant, je me sens bien....

A bientôt pour des messages sur cette nouvelle aventure, avec moins de digressions personnelles je vous rassure...

Christian, depuis Santiago de Chile.