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vendredi 12 janvier 2007, 10h55
Exploration au Chili: voyage au bout du possible en cordillère Darwin
Par Patrick FILLEUX
PARIS (AFP) - Christian Clot, alpiniste franco-suisse
de 33 ans, a réalisé au mois de décembre dernier, en solitaire, sans
assistance, une "première mondiale" en explorant la partie centrale de
la cordillère Darwin, queue australe de la cordillère des Andes en
Terre de Feu chilienne.
Il est tombé dans des crevasses, a été
emporté par une coulée de neige, a tremblé sous les explosions de
compressions de glace, affronté des vents de 245 km/h et des déluges de
neige et de pluie.
"Je l'ai fait. C'était une idée folle. J'en suis revenu. Je n'y retournerai plus", raconte-t-il à l'AFP, à son retour à Paris.
Le jeune explorateur ne colle en rien à
l'image communément admise de "l'aventurier professionnel médiatisé".
C'est un garçon doux et un rien rêveur, modeste et dont le léger accent
helvétique colorie les mots d'un brin de nonchalance.
La cordillère Darwin à qui le naturaliste
Charles Darwin donna son nom après en avoir parcouru les contreforts en
1836, était son "inaccessible étoile" depuis cinq années.
Il y fit deux expéditions en 2004 et au
printemps 2006 avec des scientifiques chiliens, mais échoua chaque fois
à en explorer la partie centrale jamais parcourue par l'homme.
Il décide d'une ultime tentative à
l'automne 2006. "Mes amis -Christian est membre du comité directeur de
la Société des Explorateurs Français- ont tenté de me dissuader devant
la dangerosité de l'entreprise en solitaire", dit-il.
Mais il repart pour Punta Arenas, dernière
ville chilienne sur le détroit de Magellan, pour préparer son
expédition qu'il entame début décembre. Il se fait déposer par bateau
au pied de la cordillère.
Il a 130 kg de matériel dont 90 de
nourriture. Allers et retours incessants pour acheminer le tout à son
camp de base, sur la cordillère. Le 2 décembre, il est à pied d'oeuvre.
Sa position, sur le GPS est de 69°45 de longitude ouest et 54°35 de
latitude sud.
Pour la première fois, un pied d'homme
laisse son empreinte sur la partie centrale de ce confetti de terre
émergée du globe dont le théoricien de l'évolution des espèces dira à
la fin de sa vie: "Il me reste deux images, les Galapagos et la
cordillère Darwin".
Crampons aux pieds et piolet à la main,
sac sur le dos, il entreprend, pas à pas son périple inédit, en sondant
devant lui la résistance de la couche neigeuse.
"Au fur et à mesure de mon avancée, je
constatais que la réalité était pire que mes prévisions", raconte-t-il.
"Aux plateaux parsemés de profondes crevasses masquées par la neige,
succèdent des pentes et cascades de glace avec d'instables séracs, dans
un paysage sans cesse en mouvement, qui se métamorphose en quelques
heures sous le vent très violent et les fortes précipitations
quasi-permanentes de neige et de pluie", décrit l'explorateur.
Il gravit deux sommets vierges de 1700 m
et 2200 m. Il dort, blotti dans sa petite tente, d'un sommeil troublé
par les grondements du vent et les fortes explosions qui ponctuent les
violentes compressions de la glace en mouvement.
"Je suis tombé quatre fois dans des crevasses invisibles", lâche-t-il d'un ton égal.
Mais c'est à la mi-parcours que son destin
a failli basculer. "Je rejoignais ma tente en descente d'une pente
glacée et neigeuse. Et soudain, le grondement en amont et la masse
blanche qui se détache. J'ai eu beau courir, la coulée de neige épaisse
m'a rattrapé, englouti et emporté sur 250 mètres de dénivelé. Je me
suis dit, +c'est fini+. Choqué mais conscient, enfoui sous la couche,
j'ai creusé comme un fou lorsque ça c'est arrêté. Et je suis sorti. Je
ne devais pas mourir ce jour là".
Christian Clot est venu à bout de son
exploration le 27 décembre. Il a ensuite rejoint Punta Arenas par les
fjords et canaux, en pagayant sur son kayak pendant 36 heures.
"Ce fut une aventure, rien qu'une aventure...", dit-il.
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